La lutte cachée des technologies

L’avancement scientifique et technologique propose des solutions à certains problèmes et met en lumière d’autres problèmes. Un problème qui affecte les sociétés humaines depuis la nuit des temps est l’attribution de la responsabilité d’élever les enfants et la nécessité d’éviter ou de limiter le nombre des enfants non-voulus. Au cours du siècle précédent, des technologies contraceptives des plus invisibles jusqu’aux plus invasives telles que la pilule contraceptive ou l’avortement ont été légalisées, standardisées et raffinées comme solution à ce problème de longue date. Ces technologies rencontrent toutefois une grande résistance de la part des positions traditionalistes qui prônent le mariage, l’abstinence sexuelle et l’enseignement de l’aversion sexuelle. Des jugements de valeur abondent des deux côtés et des appels à différents systèmes d’éthique semblent rendre les différentes positions incommensurables. Une autre vision du problème serait de considérer la lutte des positions traditionalistes comme le cri de guerre d’un ensemble de sociotechniques (mariage) et de psychotechniques (aversion sexuelle) qui ont régulé ce problème depuis des millénaires et se sentent menacées et proie à la disparition depuis la standardisation des technologies contraceptives.

De même, des solutions médicales pour les personnes transgenres, comme les médicaments hormonaux et la chirurgie, n’existent que depuis le siècle dernier. Ces solutions se trouvent souvent en lutte contre une psychosociotechnique brutale consistant à nier leur existence et les effacer de manière oppressive. Cependant, dans les différentes sociétés humaines à travers l’histoire, la question des personnes transgenres et autres personnes qui ne rentrent pas dans les deux catégories reproductives a souvent été réglé à travers des sociotechniques inclusives telles la reconnaissance d’un troisième genre, ou semi-inclusives, telle l’assignation de rôles spécifiques à ces personnes, à la marge de la société, mais évoquant un certain respect et un sens du mystère comme l’ermite ou le shaman.

Il existe des problèmes qui n’ont toujours pas de solutions technologiques, par exemple le deuil. Bien sûr, des problèmes secondaires tels que la dépression peuvent être traitées via des solutions technologiques (médicaments antidépressifs, …) tout comme par des solutions sociotechniques (thérapies, …) mais la solution des sociétés humaines au problème du deuil consiste principalement en deux sociopsychotechniques : les funérailles ou la cérémonie d’adieu, et la période de deuil qui la suit. Un problème de certaines sociétés modernes est la disparition tendancielle de la période de deuil avec l’attente d’un retour immédiat à l’emploi, sans qu’aucune substitution technologique ou sociopsychotechnique ne soit proposée.

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