L’architecture cognitive de l’humain de l’ère de l’internet à haut débit, où l’on peut facilement accéder à toute sorte d’information, diffère selon les modalités suivantes de celle de l’humain pré-internet ou de l’ère d’internet primitive, où l’accès à une information foisonnante n’était pas donné.
L’information à la demande a pour conséquence un démerveillement massif du monde.
Un explorateur revenait de ses expéditions avec des récits, souvenirs et objets exotiques. On s’émerveillait en écoutant ses histoires et on admirait ses exploits. On lui croyait sur parole à propos de la provenance et la fonction des objets rapportés de ses expéditions, à propos des peuples qu’il avait vus et côtoyés, leur langue et leurs coutumes. Nul ne pouvait prouver le contraire, à moins de partir lui-même en expédition.
L’explorateur écrivait un livre sur ses périples : il transformait sa perception brute, directe, et immédiate en un récit, effectuant ainsi une transmission de ses expériences et connaissances médiée par des mots. S’il était également doué en dessin, il pouvait partager son vécu via l’art visuel. Ou c’était une autre personne, artiste, qui mobilisait son imagination pour donner forme à des paysages, des animaux et des objets dont il ne connaissait que par leur description dans le livre. Une autre personne encore, plus tournée vers les actes du spectacle, raconterait l’expédition sous la forme d’une pièce de théâtre. L’expérience était abstraite de son immédiateté et transmise de façon médiée par un moyen représentatif, certains de ses aspects effacés, d’autres mis en avant, d’autres modifiés. Le public devait à son tour utiliser son imagination pour donner de la chair à ces représentations; une incertitude titillante persistait alors vis-à-vis de la concordance avec la réalité de ces œuvres d’imagination.
Maintenant, on peut facilement trouver tout et n’importe quoi sur tout et n’importe quoi. On peut voir une vidéo en direct, entendre les sons en direct d’un événement qui se déroule à l’autre bout du monde.
L’information à la demande a conduit à une immédiateté médiée dans notre façon d’assimiler le monde.
