Chapitre 8. La Rencontre d’une autre Espèce.

Ses cheveux étaient longs et blond platin, presque blancs. Il avait les yeux gris vivants, un teint olive et des traits de visage aux proportions parfaites. Mais ce qui le rendait encore plus céleste que sa magnifique morphologie à l’ossature osée, à la musculature masculine, à la chevelure chevaleresque et à la pelure polie étaient les deux ailes – on aurait dit des ailes d’aigle mais au plumage plutôt pâle – attachés à son dos, près de ses épaules. Il portait une tunique blanche, et c’était difficile de dire si ses cheveux faisaient sortir la brillance la tunique ou l’inverse.

Il prit le micornephone.

« Amis, habituels, passants, je suis une pauvre âme qui cherche à rentrer chez lui, » dit-il d’une voix indescriptible en fermant les yeux et en levant une main au niveau du front. Guiliguili avait l’impression d’entendre sa voix non seulement depuis l’extérieur, remplissant la salle, mais aussi à l’intérieur, remplissant son être.

« Comme chacun d’entre vous j’ai un Père », poursuivit le magnifique être, « mais mon Père m’a répudié. L’explication est longue, j’étais jeune, j’ai fait des bêtises. Beaucoup de bêtises. » Il dirigea son regard vers le bas et mit la main sur le cœur. Le cœur de Guiliguili battit avec compassion pour ses erreurs de jeunesse. « J’ai longtemps souffert avant qu’Il accepte de me parler de nouveau. Il m’a expliqué que j’avais encore un long chemin à faire, un long voyage … » Il étendit la main qui tenait le micornephone. « Qu’il fallait que je comprenne et que j’apprécie toutes les créatures fantastiques de ce monde. » Ses ailes s’ouvrirent soudain, leurs plumes brillant plus fort que sa tunique – il prenait maintenant toute la largeur de la scène. Les yeux de Guiliguili s’ouvrirent grands à la vue de ce spectacle.

« Alors que je m’apprêtais à partir faire la mission qu’il me demandait, Il s’est adressé à moi de nouveau. Tu n’as rien compris, m’a-t-Il dit. Rien de rien. » Il baissa la tête, et Guiliguili écouta avec attention. « Non, tu n’apprendras rien si tu pars seul. Qui t’expliquera mieux les créatures fantastiques de ce monde qu’un habitant de ce monde même qui les côtoie, qui les aime, qui les fuit, qui les craint, qui les chasse, qui les exploite ? Depuis, je voyage de ville en village, de taverne en cabaret, de comptoir au tabouret à la recherche d’un compagnon de voyage digne de moi et ma mission ! » Son aile gauche se referma à moitié de manière dramatique.

Il descendit de la scène sous les regards fixes et les applaudissements assourdissants de la foule. Guiliguili applaudissait aussi avec enthousiasme. Etait-elle en train de rêver ? S’était-elle endormi à force de passer trop de temps sur la boule de cristal en écoutant la musique monotone du cancan ? Comment une créature aussi céleste peut-elle réellement exister, encore moins se trouver si proche d’elle ? Qu’avait-il dit … qu’il cherchait une compagne de voyage … dans le but d’aller à la recherche de toutes les créatures fantastiques du monde. Les étoiles pouvaient-elles s’aligner d’une façon plus parfaite ?

Il fallait absolument que Guiliguili aille le voir, qu’elle le convainc qu’elle était la meilleure compagne de voyage. Bien sûre, elle était habillée en vacancière, sa barbe blonde n’étant pas rangée proprement dans son tuyau comme il est habituel dans le monde des affaires mais libre en l’air et décorée des mini-épées, mini-haches, mini-javelots et mini-arbalètes traditionnelles colorées qu’elle avait trouvées plus tôt dans la semaine en faisant les boutiques. Mais cela ne devait pas poser de problèmes, cela montrait qu’elle était ouverte d’esprit et appréciait la culture de son lieu de vacances. Elle pouvait aussi sortir sa boule de cristal pour montrer son image professionnelle ainsi que ses activités sur Créature Cabaret, prouvant qu’elle dédiait aussi bien sa vie professionnelle que son temps à l’étude des créatures fantastiques.

Mais la foule devant elle était tellement grande qu’elle ne pouvait pas voir où la belle personne ailée de tout à l’heure était partie, et tellement dense qu’il n’y avait aucun espoir de faufiler entre les gens. Elle devait donc attendre. Oh ! Elle l’emmènerait voir les Titans du Pôle Ouest avec Big Andy, et il l’emmènerait voir le haut des montagnes avec ses ailes ! Elle l’emmènerait voir ses spécimens au travail avec la permission écrite et scellée de la docteure Falfaliel, il l’emmènerait voir son Père quand ils se seraient enfin réconciliés !

Elle continua à rêvasser, accomplissant un milliers de projets, vivant une centaine de vies, découvrant une dizaine de créatures fantastiques, ayant un compagnon de voyage, faisant presque zéro progrès tellement la foule avançait lentement. Et entretemps, de nombreuses personnes s’étaient entassées derrière elle. Elle avait envie de monter en hauteur quelque part pour comprendre la cause de l’embouteillage mais impossible de se déplacer. Elle se souvint soudain de ce gadget qu’elle avait trouvé plus tôt dans la semaine en faisant les boutiques et qu’elle avait toujours dans son sac. Elle sortit également sa boule de cristal et lui demanda d’enregistrer une vision de ce qui se passait autour de la créature céleste après l’avoir attachée au bout du Boule-Stick.

Elle descendit sa boule au bout de quelques minutes et se mit à regarder la vision.

La créature céleste était assise au bout d’une table, sirotant son cocktail White Wing alors que les candidats s’asseyaient devant lui à tour de rôle pour être interviewés.

« … c’est pourquoi mon animal préféré est le caniche. » racontait d’un ton pompeux un mi-Elfe, mi-Vampire au nez pointu. « Vu le nombre de créatures fantastiques sur lesquelles j’ai travaillé pendant ma formation de chercheur en Fantazoologie, ils n’ont plus rien de magique ni de fascinant pour moi. Mes connaissances approfondies et ma longévité personnelle et professionnelles vous seraient très utiles au cours de vos périples. »

« Encore un qui croit connaître le monde alors qu’il a passé sa vie entre quatre murs. Prochain ! » dit sèchement la créature céleste.

Une naine rousse toute excitée prit la place.

« Bonjour, je m’appelle Poutep… » commença-t-elle, chipie.

« Quoi ! En quoi tu pourrais m’être utile avec tes jambes courtes et ta touffe de poils ? Allez ouste la demi-portion ! Prochain ! »

En état de choc, Guiliguili descendit du ciel.

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