« Allez vous faire $£€¥₽﷼ ! » cria Sam, indigné, en martelant le comptoir d’ un coup de poing qui fit trembler toute l’agence. « Dans quelques jours, je n’existerai plus, et vous m’interdisez ce qui me rapporte le plus de bonheur au monde ! »
« Oui, Monsieur, l’eau bénite est une substance dangereuse susceptible de provoquer des dégâts irréparables, » lui répondit sèchement l’agent de douane, un squelette en robe bleu foncé sobre et cravate à rayures noire et jaune moutarde. « Nous nous sommes tout simplement débarrassé de cette ignominie. Estimez-vous chanceux : nous avons été indulgents avec vous puisque votre visite dans notre citadelle n’était pas de votre plein gré et vous ne pourriez connaître notre législation. Le transport de substances illicites est normalement sanctionné d’une très lourde amende ! »
Puis il s’adressa à Guiliguili : « Par contre, vous Madame, voici votre boule de cristal. Nous avons fait un contrôle, il n’y avait rien d’illicite. Seulement deux trois sortilèges qui s’étaient introduits, si vous avez été victimes de publicités invasives ces derniers temps cela pourrait en être la cause. Nous avons pris le soin de nettoyer ces sortilèges. Je vous en prie. »
Il tendit la boule de cristal en direction de Guiliguili, qui la récupéra. S’il ne lui restait plus que quelques jours à vivre, il était nécessaire de faire ses adieux avec tout le monde.
Mais avant, ils décidèrent de se rendre dans un cabaret réputé ou chaque soir avait lieu depuis des millénaires la Danse des Sept Capes, un spectacle traditionnel que Mortimer et Ossama leur avaient vivement recommandé.
Un squelette portant une robe a capuche plutôt moulante de couleur violette se pavana sur scène sur fond d’un hymne funéraire entraînant à une cadence de 150 battements par minute, s’appuyant langoureusement à chaque pas sur une faux à manche fin et a la lame dorée. Arrivé au milieu de la scène, il posa le bout de sa faux devant lui et les mains sur le manche, et se mit a tourner autour de la faux. Après quelques tours, il prit un bout de sa robe et tira violemment : celui-ci se détacha et tomba par terre. En-dessous, il portait une robe plus moulante de couleur indigo. Il leva une jambe pour l’enrouler autour du manche de la faux, et se mit a faire des va-et-vient rythmique avec le torse. Sa robe semblait s’ouvrir et se détacher avec le mouvement, elle finit par tomber par terre, révélant une robe plus mourante et plus courte de couleur bleue en-dessous. Le squelette ôta ainsi plusieurs robes plus en plus courtes et de plus en plus moulante aux couleurs de l’arc-en-ciel, poursuivant ses manœuvres sensuelles autour de la faux : il l’étreignait fermement avec ses jambes et sautait de sorte à se retrouver le crâne en bas. A la fin, alors qu’il ne portait plus qu’une capuche rouge, le squelette se laissa tomber allègrement, se retrouvant assis sur les genoux, et, le crâne tourné vers le plafond, il arracha sa capuche avec son bras libre. Il tendit le bras tenant toujours la capuche, la lumière baissa et l’hymne était à peine audible sous le tonnerre des applaudissements.
Le soir, dans sa chambre colorée, Guiliguili enregistra une vision pour dire adieu et demanda a la boule de l’envoyer a ses contacts quelques heures après sa mort. Après réflexion, elle ne pouvait pas supporter leurs réactions si elle le faisait en direct.
Le lendemain, en se baladant dans la ville, ils rencontrèrent une procession funéraire : quatre squelettes en robes a capuche de couleur éclatante portaient un énorme plateau en argent sur lequel gisait un squelette décédé recouvert de rubans rouges et entoure de bouquets de plantes aromatiques. Derriere le défunt, un groupe de squelettes joyeux soufflait dans des vuvuzelas et lançait des confettis. Leur curiosité attisée, ou du moins celle de Guiliguili, ils décidèrent de suivre la foule.
La foule finit par entrer dans une salle de conférences. On posa le plateau sur le podium pour qu’il soit visible de tout le monde et l’un des squelettes l’ayant porte monta sur le podium et prit le cornephone : « chers amis, nous sommes réunis aujourd’hui afin de fêter le départ de notre cher ami Calcifer. Un pilier de notre clan depuis des siècles, un modèle de générosité et de bienveillance, il est aussi très apprécié pour ses blagues ossées. Malhereusement, cela fait des années que Calcifer souffre d’ostéoporose et sa situation s’est beaucoup empire ces dernières années. Il n’est plus en mesure de remplir ses fonctions d’envoyé, et la diminution continue de ses calcaires fait que chaque jour est un calvaire pour lui, pour le dire avec ses propres mots. Donc, nous avons demande les services du clan des Mâchoires Carrées … »
Il fit signe de la main vers un groupe de squelettes de carrure particulièrement robuste, puis il poursuivit » … qui est le clan autoriser a donner la mort aux membres de notre clan comme le veulent nos lois et nos traditions. Que la cérémonie commence ! Adieu, cher Calcifer.
Un Mâchoire Carrée en robe a capuche blanche a fleurs se détacha de son groupe. Il s’arrêta au niveau du plateau, au niveau du cou de Calcifer. Il leva sa faux des deux bras au-dessus de la tête, puis fit quelques mouvements courts de descente de la faux, comme pour ajuster sa force et sa visée. Il descendit ensuite violemment la faux mais, hésitant, s’arrêta un peu avant de toucher le cou. Il fit une pause, remonta sa faux et ne fit rien pendant quelques instants. Puis il descendit sa faux jusqu’au bout d’une vitesse ahurissante. Le chant des vuvuzelas qui s’ensuivit était assourdissant.
On les logea dans la même chambre la veille de la cérémonie afin qu’il puissent discuter de stratégies de survie. C’était purement symbolique, aucune stratégie ne servait a rien, mais c’était requis par la bienveillance traditionnelle.
Le sommeil très perturbe, Guiliguili se réveilla tôt le matin, et elle constata que Sam n’avait pas dormi de la nuit. Alors que l’horloge montrait qu’il ne restait que trente minutes avant le début de la cérémonie, la porte s’ouvrit et un squelette d’un air noble et dignifié en robe de soie noire entra, avançant cérémonieusement appuyée de sa faux diamantée. A ses omoplates étaient attachées deux grandes ailes osseuses de couleur noire. Il porta le regard en direction de Sam, et un sourire se dessina aux coins de son rictus.
« Samaël ? » s’écria-t-il. « Je m’en doutais quand on m’a décrit l’apparence de nos invites moribonds ! Mais comment est-ce possible ! Gardes, libérez-les ! » Il donna l’ordre aux deux gardes qui étaient entres derrière lui, qui obéirent tout de suite.
Le squelette régal s’avança en direction de Sam et le serra dans une forte étreinte. Puis il s’adressa a Guiliguili.
« Vous devriez être une proche de Samaël. Ravi de faire votre connaissance. Mon nom est Az, mais je vous en prie, appelez-moi Azraël, » dit-il en tendant la main, et Guiliguili lui serra la main.
« Oh, combien de temps fait-il, Samaël ? Que deviens-tu ? Qu’as-tu fait pour te retrouver ici ? » s’enquerra-t-il.
« Eh bien, je cherche a regagner le cœur de Père. Il ne veut plus me voir, » lui dit Sam, puis, étrangement, il crût nécessaire d’expliquer la situation à Guiliguili. « Azraël, c’était mon meilleur ami pendant ma scolarité. Mais on s’est perdu de vue car la voie qu’il a choisi par la suite a fait qu’il était souvent en voyage. Tandis que la voix que j’ai choisi, eh bien, le but c’était de n’aller nulle part, mais nous y voila. Dis, Azraël, es-tu toujours en contact avec Père ? Parle-t-il de moi ? »
« Eh bien, oui et non, » dit Az en se grattant le crane avec la main libre. « C’est-a-dire que, je suis mis au courant tout de suite de ce qu’il veut, mais c’est toujours via des intermédiaires. Oh, des intermédiaires, au départ il y en avait quelques-uns, mais ca n’arrête de pas de se multiplier ! Impossible de lui parler directement !
« Mais bon, revenons a nos os de moutons ! », poursuivit-il d’un ton chipie. « J’ai fait annule la cérémonie, on trouvera une autre issue pour nos jeunes. Les intermédiaires ont grogne un peu mais mon clan a dépassé son quota de morts pour cette année, je leur ai dit que que ça ne générera pas de déficit dans le budget. Cela suppose de toute manière que l’information ne se perd pas dans le système. Allez, assez parle de la vie et de la mort. Vous êtes libres de partir quand vous voulez, mais cela me fera un immense plaisir qu’on partage un verre avant. »


