Les gens ont besoin de l’illusion de la certitude. En 2019, on pensait que 2020 serait une année normale. Si on savait ce qui allait se passer, si on en avait la certitude, on aurait fait en sorte d’empêcher que cela se passe ainsi. On avait donc seulement l’illusion de la certitude. Mais cette illusion rendait possible une certaine stabilité et donc la capacité de faire des projets pour l’avenir.
Dans la vie, on te prend plus au sérieux si tu as un projet. Si tu sais ce que tu vas faire dans cinq ans. Et pour envisager un projet, il est nécessaire de penser qu’il n’y aura pas de grands bouleversements jusqu’à son aboutissement. Il faut avoir l’illusion de la certitude.
On a envie que la vie ait la structure d’un récit au sens d’Aristote. Le début, le nœud, le dénouement, la fin. Enfant, je me demandais pourquoi l’on voyait rarement les personnages de fiction aller aux toilettes. Aller aux toilettes fait partie du quotidien, cela fait partie de la vie. Dans un récit, on ne parle d’aller aux toilettes que si cela sert à l’avancement de l’histoire. Une merde n’est mentionnée que si elle est une merde de Tchekov.
La vie est faite de sentiers. On erre d’un sentier à un autre, parfois parce qu’il nous semble plus intéressant, parfois parce qu’il n’est plus possible d’avancer sur le premier sentier, parfois sans s’en rendre compte. Chaque sentier a un début. Un sentier pourrait avoir un nœud, mais le dénouement sera sur un autre sentier. Des nœuds pourraient s’accumuler. Parfois il n’y a pas de dénouement. Et s’il y a une bifurcation, est-ce la fin d’un sentier et le début de celui des deux possibles qu’on aura choisi, ou pourra-t-on dire qu’on est resté sur le même sentier ? Où se situe la fin d’un sentier ?
Mais quand on te demande, il faut toujours dire que tu as suivi un chemin.
