CHAPITRE 10 : LA SURPRISE SOUTERRAINE

Ils s’envolèrent jusqu’en Grèce, où ils firent un arrêt de quelques heures et se réapprovisionnèrent pour la suite du trajet chez un fournisseur de fioles de sang agréé qui était ouvert malgré la récente montée des tensions. Ils apprirent aussi que l’hécatombe d’Ankara avait malencontreusement été diffusée à la TV en directe, et que l’on avait trouvé le temps et l’énergie d’être scandalisé malgré la récente montée des tensions. Cela avait conduit à une réduction de 95 % de la valeur de Dent & Défense et une baisse significative de sa position dans le classement des entreprises de sécurité, et l’entreprise avait fini par disparaître complètement de ce listing. Les ex-employés de l’entreprise les assurèrent cependant qu’ils allaient les conduire dans le centre d’accueil autrichien, puisqu’ils avaient été payés pour le mois et que de toute façon ils s’y rendaient eux-mêmes. Cependant, alors qu’ils s’apprêtaient à repartir, un vampire en habits déchirés se présenta et leur informa que l’espace aérien jusqu’en Slovénie était sous le contrôle des terroristes. Face à cette information, l’ex-sergent Sodium décida de les faire passer par un passage souterrain débouchant en Slovénie pour plus de sécurité.

Cela faisait des siècles que le passage n’était pas utilisé, et les ex-haut-gradés de Dent & Défense semblaient n’en avoir qu’une connaissance théorique. Au bout d’une dizaine de jours et alors qu’ils avaient consommé leurs dernières parts de provisions, ils sentirent une brise, signalant la présence d’une ouverture sur la surface terrestre. Lorsque l’ouverture en question devint enfin visible, à quelques dizaines de mètres au-dessus de leur tête, il faisait jour. Tout le monde était fatigué et très affamé, et ils attendirent avec impatience la tombée de la nuit en échangeant des plaisanteries pour passer le temps.

C’est avec joie qu’ils se dirigèrent vers la sortie une fois qu’il ne restait plus aucune trace de la lumière du jour. La brise nocturne était douce et sa caresse présageait l’accalmie à venir. Alors qu’ils étaient à quelques mètres de la sortie, les silhouettes de quelques vampires y apparurent, et l’un d’entre eux balança un ballon qui s’éclata et aspergea un liquide tout autour. On cria, Blutlob sentit son avant-bras brûler, et il réagit vite : il attrapa le bras de Kindi qui marchait à côté de lui et qu’il surveillait (Sukra et Laura, qui l’aidaient à la surveiller, avaient également réagi très vite). Ensemble avec Kindi, Sukra et Laura, ils bondirent derrière une colonne de pierre. Sukra prit ses seringues et ressortit pour passer à l’attaque en poussant un cri sauvage. Blutlob préférait rester derrière la colonne et observer la situation, toutefois avec une seringue dans la main au cas où.

Il constata que, tout comme lui, la plupart des vampires civils s’était cachée. Au milieu, on voyait les ex-militaires et quelques courageux civils, dont Sukra et Hunter, se battre contre les terroristes.

Les terroristes avaient des armes explosives de taille plus ou moins importantes, rudimentaires mais redoutables en cas d’attaque furtive. Comme ils avaient des armes plus sophistiquées de leur côté, ils ne tardèrent pas à maîtriser la situation. Les terroristes tombèrent un par un : Sukra était un peu maladroite, mais sans pitié, hurlant avec fougue à chaque terroriste abattu, et Hunter s’en sortait aussi bien que les militaires, même s’il préférait se servir de ses poings plutôt que de ses seringues.

Alors que plus aucun terroriste n’était debout, ceux qui s’étaient cachés sortirent. Laura se jeta dans les bras de Sukra, l’embrassant, et en voyant leur joie innocente un sourire se dessina sur les lèvres de Kindi. Soudain, on entendit Hunter crier : arrête, Rubinzahn ! Pourquoi tu fais ça ?

Blutlob les chercha du regard : Rubinzahn était en train de vider une seringue dans le corps d’un terroriste assommé, qui se mit à s’évaporer petit à petit. Hunter l’avait attrapé par derrière pour l’empêcher de se déplacer et d’anéantir les autres terroristes.

– J’élimine le danger, répondit Rubinzahn. Je les neutralise.

– Mais ils sont déjà neutralisés ! s’écria Hunter. S’ils se réveillent, un coup de poing et c’est bon !

– Je ne veux pas prendre le risque qu’ils se réveillent, répondit Rubinzahn succintement.

– Mais … ils sont des vampires comme toi et moi, Rubinzahn. Il y avait une colère sévère dans la voix de Hunter. Des vampires égarés, mais des vampires tout de même. Et on n’est plus en danger.

– Oui, mais je veux que ces sauvages ne nous posent plus aucun danger, répondit Rubinzahn, en caressant la main de Hunter. Je veux qu’ils ne te posent plus aucun danger.

Au toucher de Rubinzahn, Hunter le lâcha brutalement, s’éloignant de lui. Il dit d’un ton très grave : tu sais, si ces événements s’étaient déroulés il y a quelques décennies, j’aurais pu être parmi eux. Et tu m’aurais volé ma chance de rédemption.

Blutlob ne put suivre la suite de l’altercation amoureuse, puisque quelque chose au niveau de la sortie avait attiré son attention. Certains de ses compagnons avaient commencé à se diriger vers la sortie, mais ils s’étaient arrếtés puisqu’une nouvelle horde de terroristes avait commencé à s’introduire par le même endroit. Cependant, ce nouveau groupe, qui était constitué d’au moins une centaine de vampires, semblait plus calme : ils se contentèrent d’avancer un peu plus et s’arrêtèrent. Quelques-uns d’entre eux tenaient un humain qui était en train de crier et qui faisait tout pour s’échapper.

Un vampire s’avança. Son apparence dégoûtait Blutlob, lui rappelant ces créatures mythiques réputées être proches des vampires mais infiniment plus vulgaires et infiniment plus stupides, créatures mythiques dont parlaient des types louches à la TV à midi, heure à laquelle tout le monde sauf les illuminés et les insomniaques – comme cela avait le cas pour Blutlob lorsqu’il avait regardé l’émission en question – dormait. S’il n’avait pas ouvert la bouche pour parler, Blutlob aurait volontiers continué à l’imaginer comme l’un de ces mythiques mangeurs de cerveaux. Il dit :

– Vous êtes encerclés, bande de « vénérables vampires » ! Et y a pas vos cuves pour vous sauver ! Seule façon de sortir d’ici (il fit une pause pour sourire avec une joie maligne, et Blutlob remarqua que ses dents canines jaunes étaient asymétriques, la gauche étant épaisse et courte et la droite fine et longue), seule façon de pas crever de faim dans ce trou, vous vous joignez à nous et vous redevenez des vrais vampires ! Han han han !

Ce disant, il fit signe de la main à ses disciplines, et quelques vampires se dirigèrent vers l’humain et enfoncèrent leurs canines dans sa chair. Les hurlements de l’humain se réverbérèrent à travers le tunnel avant de s’éteindre petit à petit en synchronie avec le sang qui quittait ses veines.

– On vous attend à notre festin dehors ! Dit le leader des terroristes en ricanant. De toute façon, on a le temps et on manque pas de nourriture …

Ce disant, ils se retournèrent pour sortir. Un vampire du camp de Blutlob en profita pour lancer une seringue qui s’enfonça et se vida dans le corps d’un terroriste pas loin du leader. Celui-ci se mit à hurler et à s’évaporer. La réponse du leader fut rapide : sa bombe atteignit l’attaquant en plein visage. Son anéantissement et son évaporation furent immédiats, et ses voisins subirent des dommages collatéraux à cause des obus d’eau bénite.

– La prochaine fois, elle sera plus grosse, rugit le leader.

Personne n’osa réagir alors que les terroristes se retournèrent à nouveau et sortirent du tunnel.

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