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Blutlob cessa de crier, non car il n’avait plus d’haleine, mais parce que quelqu’un derrière lui le tenait et avait mis la main fermement sur sa bouche.
– Ferme-la ! Commanda une voix colérique. Tu veux que toutes les créatures de l’univers, maléfiques comme bénéfiques, proies comme prédateurs, sachent qu’on est ici ?
Comme sa bouche était ouverte, la main effleurait ses dents canines : une sensation troublante en ces circonstances. Au bout de quelques instants, celui qui le tenait le relâcha : Blutlob vit que c’était le soldat blond qui les avait secourut.
– Excusez-moi, balbutia Blutlob. Je n’ai pas vraiment l’habitude de ce genre de situations … et … et … ce genre de visuel.
Le soldat le fixa et ne dit rien.
Lequel de ses collègues était le malheureux propriétaire du bras déchiqueté ? Était-ce son fidèle copain Bierblut, qui l’accueillait toujours les bras ouverts, sourire à la bouche et bouteille de vin artisanal à la main ? Ou était-ce Rubinzahn, son collègue distingué qui relevait le niveau culturel de leur unité tant par le prestige inhérent à sa classe sociale que par ses duos symphoniques avec Hunter dans la chambre à cercueils de l’entreprise ? Oh, pauvre Hunter ! Les paroles du soldat blond le firent revenir à la réalite.
– Je suis le corporal Kyller de la filiale américaine de Dent & Défense, dit-il succintement. Nous avons fait du chemin. Vous pouvez dormir maintenant. Je vous réveillerai un peu avant l’aube pour que nous nous déplacions dans un endroit obscur.
Blutlob s’allongea : il venait de se rendre compte à quel point il était fatigué.
Ils furent un peu retardé au réveil par Sukra qui s’était rappelé la situation problématique de son amoureuse Laura : il y avait eu une nouvelle tentative d’attaque déjouée sur la filiale Sang+ de Wilderswil. Pour des raisons de sécurité, on avait fermé la filiale jusqu’à ce qu’une enquête plus approfondie soit menée sur les attaquants, et le personnel se trouvait en situation de chômage technique pour une durée indéterminée. Deux jours plus tôt, Laura avait informé Sukra au téléphone qu’elle allait venir la rejoindre en Turquie car elle préférerait être aux côtés de Sukra quoi qu’il arrive. Sukra s’inquiétait donc que Laura ne sache pas quoi faire du spectacle désolant qui l’attendait à l’hôtel, ou encore pire : que l’hôtel soit toujours occupé par les terroristes à son arrivée. Le corporal Kyller ne voulait pas proposer de solution, proclamant qu’il était là pour assurer la sécurité publique et non la sécurité d’un vampire particulier, et que s’ils ne partaient pas tout de suite, tout le monde serait exposé au soleil. Finalement, Hunter promit à Sukra qu’il irait chercher Laura, l’assurant qu’il avait les compétences nécessaires pour s’en sortir, « vu mon passé ».
Ils se mirent donc en route à travers la forêt. Le corporal Kyller leur demanda de casser autant de branches d’arbres touffus que possible sur la route, et de les prendre avec eux. De son côté, il sortit un walkie-talkie et essaya d’établir un canal de communication avec ses collègues. Ils finirent par arriver devant une grotte. Le corporal Kyller n’avait pas réussi à contacter qui que ce soit. Une lueur était visible à l’horizon. Le corporal Kyller leur ordonna de se mettre au fond de la grotte, et il se mit à couvrir l’ouverture de la grotte avec les branches.
Blutlob regarda autour de lui. Hunter discutait avec Sukra. Kindi était assise dans un coin, et elle avait l’air d’être toujours aussi loin des événements. Il se dirigea vers elle. Elle le regarda et sembla être de nouveau de ce monde, avant de retirer de nouveau sur son point lointain imaginaire. Il s’assit à côté d’elle sans savoir quoi dire.
Une dizaine de minutes passèrent dans le silence, puis le corporal Kyller, ayant fini de couvrir l’entrée de la grotte avec les branches, revint vers eux. Il leur donna une fiole de sang et leur dit que c’était leur repas pour la journée. Tous buvèrent un peu de sang, sauf Kindi, qui buva quelques heures plus tard, quand elle revint à elle-même pendant quelques instants. Elle profita de l’occasion pour les remercia de lui avoir sauvé la vie, puis elle repartit là où son attention se trouvait captive depuis l’attentat sur son existence. Le soir, Hunter prit une gorgée et sortit pour rebrousser chemin à la recherche de Laura. Le corporal Kyller l’informa avec froideur qu’ils n’attendraient pas son retour avant de partir au cas où il parviendrait à contacter ses collègues. Il passa toute la nuit à essayer de ce faire à l’extérieur de la grotte, sans résultats.
Des sanglots arrachèrent Blutlob au sommeil. Il regarda autour de lui : Kindi pleurait dans un coin, les autres dormaient. Il se leva et alla s’asseoir à côté d’elle, réprimant un cri de douleur lorsqu’un rayon de soleil qui avait réussi à pénétrer à travers les branches lui brûla le mollet sur la route. Il resta silencieux pendant quelques moments : il n’était pas vraiment dans son élément, mais la voir dans un tel état lui faisait aussi mal que la fois où il avait consommé du sang de babouin dans un restaurant indien. Plus jamais il ne referait ça. Il lui mit le bras sur l’épaule :
– Qu’est-ce qui va pas, Kindi ?
– Toute la journée, je vois que le visage de Lipidetta en train de succomber à l’eau bénite, dit-elle à travers ses sanglots. Et ses cris hantent mes rêves.
Ah ! C’est sans doute pour ça qu’elle fait tout le temps cette tête bizarre, se dit Blutlob. Il voulut se montrer consolant :
– Ça doit être difficile. Peut-être que tu as besoin de penser à autre chose ? Dit-il. Il ajouta au bout d’un moment : et si je te parlais des pires spécimens de sang qu’on dû rejeter au boulot ?
Elle hocha de la tête. Alors il lui parla des cas les plus courants, le sang-urine et le sang-sueur, mais aussi de cette fois où un stagiaire d’une unité scientifique avait mal installé un tuyau d’évacuation de sang dans la gorge d’un humain. Le tuyau avait fini par se débrancher et lui aspirer toutes ses dents. Oh ! Le directeur de l’unité avait été hors de lui-même. Personne ne voulait être à la place du stagiaire.
Kindi ne pleurait plus, elle avait même un petit sourire au coin des lèvres. Blutlob resta avec elle jusqu’à ce qu’elle se prononce prête à réaffronter le monde onirique.
Hunter revint au bout de deux jours, accompagné de Laura qui ne tarda pas à se jeter dans les bras de Sukra en pleurant. Les terroristes étaient partis, laissant derrière eux un spectacle désolant. Avant de trouver Laura à l’entrée de l’hôtel, figée, hébétée devant l’hécatombe qui se dressait devant ses yeux, Hunter avait compté au moins trente détruits, dont un ancien acteur qui jouait dans les pubs pour paille à sang une vingtaine d’années auparavant. En les voyant, le corporal Kyller fronça les sourcils, ils l’entendirent marmonner « … encore plus de bouches à nourrir … » et il continua à essayer de contacter ses collègues au walkie-talkie. Il réussit enfin à le faire le lendemain soir, et il leur ordonna de se transformer en chauve-souris et de le suivre.
Il les emmena dans une grotte plus grande quelque part, où ils retrouvèrent leurs collègues (ce qui confirma l’hypothèse qu’ils avaient formée que le bras déchiqueté appartenait à quelqu’un d’autre : en effet les ongles étaient colorés en bleu minuit, et d’après les dires de Hunter Rubinzahn ne portait pas de vernis à ongles, et Blutlob n’avait vu Bierblut porter que du vernis à ongles jaune bière) et quelques autres vampires présents lors du spectacle de la destruction. Une vingtaine de fioles de sang remplis étaient posées sur un rocher. Affamés, ils s’y dirigèrent aussitôt pour se nourrir, jetant les fioles de sang vidées au pied du rocher. D’autres groupes de vampires ne tardèrent pas à arriver, et les derniers arrivants grognèrent en voyant la quantité de fioles vides au pied du rocher et l’unique fiole remplie qu’il restait à boire.
Un dénommé sergent Sodium les informa ensuite que la situation internationale était grave : des terroristes anti-cuve s’en prenaient aux entreprises comme aux particuliers. Mais les entreprises de sécurité mettaient tout en oeuvre pour assurer leur sécurité, et ils espéraient endiguer le danger dans les quelques mois à venir. Et en attendant le retour à la normale, ils allaient être dirigés dans le centre d’accueil sécurisé le plus proche, en Autriche.

